Nous voilà tout à coup plongés au cœur de l'histoire de France. Nous, spectateurs, entourons la scène, nous sommes en thermidor de l'an II. À nos pieds, une grande table autour de laquelle se réunit sous nos yeux le Comité de salut public plus vrai que nature. Robespierre, Saint-Just, Carnot… ils sont tous là, autour de la chaise vide et ensanglantée de Danton qui vient d'être guillotiné. Au-delà de l'histoire, ce spectacle met en scène une foule de détails quotidiens, le théâtre révèle par la comédie et la farce une réalité humaine drôle et prosaïque. On tremble et on rit beaucoup dans ce jeu servi ici par une bande de jeunes gens géniaux dans une tonalité étonnamment proche. On en redemande!
Danton et ses amis viennent d'être exécutés. Les membres du Comité de salut public commentent, certains penauds d'autres irréductibles, la mort de leur pair avec qui, hier encore, ils faisaient la Révolution. Les voilà au travail, parmi les déchets de sandwichs et les verres en plastique qui parsèment la table de réunion. Ils démêlent les affaires courantes, éclatent en grand discours, établissent des stratégies politiques, le tout dans le désordre et dans l'urgence. Saint-Just en chaussettes ridicules se lance dans un discours enflammé à la défense de Robespierre. Lindet le besogneux rédige les décrets de sa plume appliquée au milieu du tumulte. On condamne à tour de bras pendant que Billaud distribue benoîtement les brioches confectionnées par sa femme. Carnot, le chef de guerre, se lance dans une chevauchée fantastique autour de la table, la scène historique déraille dans la comédie fantastique et la farce. Pourtant ce théâtre-là restitue la force de la vérité historique. Égalité et liberté sont deux valeurs fondatrices de la République dont l'antagonisme a généré des conflits terribles depuis deux cents ans. La période de la Terreur les réunit, Notre terreur les cerne de près. Que reste-t-il de l'idéal de démocratie et de la pureté des hommes de quatre-vingt-treize? Notre terreur joue avec la provocation et s'en va fouiller dans les procès-verbaux des séances de la Convention, les études des historiens du XIXe siècle, et les récits des poètes du XXe. Les spectres de l'avenir surgissent alors du passé avec une évidence remarquable : « Notre terreur, ce n'est pas la Terreur, ce sont nos voix discordantes et violentes, si belles qu'on ne peut les voir sans rougir, étouffées, qui appellent et qui meurent sans qu'on ne les ait écoutées. Notre terreur n'est pas de soigner un ulcère, c'est de l'ouvrir. », précise Sylvain Creuzevault. Un théâtre intelligent et percutant qui met en perspective cette négociation que l'on doit tous les jours faire avec soi-même, afin de trancher entre intérêt personnel et intérêt public.
DISTRIBUTION
avec Samuel Achache, Cyril Anrep, Benoît Carré, Antoine Cegarra, Éric Charon, Sylvain Creuzevault, Pierre Devérines, Vladislav Galard, Lionel Gonzales, Arthur Igual, Léo-Antonin Lutinier scénographie Julia Kravtsova lumières Vyara Stefanova costumes Pauline Kieffer marionnettes et masques Joseph Lapostolle, Loïc Nébréda. photo©Marine Fromanger
CRÉDITS
production d'ores et déjà, La Colline théâtre national, Festival d'Automne à Paris, Nouveau Théâtre d'Angers Centre dramatique national des Pays de la Loire (résidence de création), Célestins Théâtre de Lyon, Culturgest Lisbonne. avec la participation artistique du jeune théâtre national. avec le soutien de l'Adami. avec le soutien de la Région Rhône-Alpes dans le cadre de l'Appel à Projets Spectacle Vivant
date et heure
mardi 16, mercredi 17 et vendredi 19 novembre à 20h30 jeudi 18 novembre à 19h
Lieu
dans la petite salle
tarif B, durée 2h10
Réalisation du site situclic.com
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